Par Louis-Philippe Blanchet
Depuis quelques années, on assiste à la croissance rapide d’une pathologie située au niveau du poignet que l’on appelle le syndrome du tunnel carpien. Le tunnel carpien est formé notamment par les os du carpe (poignet) et est refermé par le ligament annulaire antérieur. L’espace anatomique est assez restreint d’autant plus que neuf tendons des muscles fléchisseurs des doigts passent à l’intérieur ainsi que le nerf médian. Le nerf médian est important puisqu’il est responsable de l’innervation (sensibilité, douleur, etc.) du pouce, de l’index, du majeur et de la moitié de l’annulaire.
Voici un aperçu de la structure du tunnel carpien :
Certains facteurs professionnels ou sportifs vont faire en sorte que les muscles des fléchisseurs des doigts sont très sollicités. En effet, dès que l’on doit tenir un outil, une raquette ou autre objet, on doit nécessairement contracter les fléchisseurs des doigts pour fermer la main sur l’objet et maintenir sa prise. On peut penser à un guitariste, un travailleur de la construction, un employé de bureau, un cycliste, un alpiniste, etc.
Ces sollicitations fréquentes peuvent avoir un impact sur les tendons et créer de l’inflammation. Comme on se trouve dans un espace restreint (tunnel) et que les tendons se gonflent, le nerf se trouve alors coincé et compressé et envoie des messages de douleurs et d’engourdissement jusque dans les doigts.
Certains facteurs professionnels et sportifs vont favoriser la sollicitation des muscles fléchisseurs des doigts et par le fait même, augmenter les risques d’inflammation et de compression du nerf médian.
- Mouvements répétitifs de la main
- Positions non naturelles de la main
- Préhension serrée
- Stress mécanique exercé sur la paume des mains
- Vibrations.
Par ailleurs, il est important de sensibiliser les gens au fait que la combinaison de ces facteurs a un effet multiplicateur sur l’augmentation des risques. Ainsi, un employé de la construction qui doit manipuler une perçeuse toute une journée s’expose à un risque énorme d’inflammation et donc, d’être victime du syndrome du tunnel carpien.
D’autre part, certains facteurs non professionnels peuvent être également responsables de l’inflammation des tendons :
- arthrite
- diabète
- amylose (accumulation dans le foie, les reins, la rate d’une substance semblable à l’amidon)
- hypothyroïdie (insuffisance de la glande thyroïde)
- tumeurs des gaines tendineuses
- fractures et dislocation des poignets
- kystes aux poignets
- grossesse
- utilisation de contraceptifs oraux
- ménopause.
Traitements et prévention
La douleur initiale constitue un signal que les muscles et tendons ont besoin de se reposer et de récupérer. Si on reste sourd à cet avertissement, la lésion peut devenir chronique et parfois irréversible. Plus on reconnait tôt les symptômes, plus on peut intervenir rapidement.
On peut traiter le syndrome du canal carpien selon plusieurs approches dépendant du stade. Lorsque le stade est léger, le port d’une attelle va parfois permettre la diminution des symptômes en gardant un bon positionnement du poignet. Ce positionnement permet de garder le volume maximal du tunnel et permet au nerf d’avoir le plus d’espace possible. L’attelle est spécialement efficace pour soulager les douleurs ressenties la nuit car généralement, la position des poignets n’est pas adéquate.
La prise d’anti-inflammatoire tel que de l’aspirine ou de l’ibuprofène peut atténuer l’inflammation mais n’engendrera pas la guérison. C’est pourquoi il est préférable de prescrire des périodes de repos et de diminuer les mouvements propices au développement des douleurs.
Certains types d’exercices ont démontré qu’ils aidaient à prévenir et contrôler les symptômes du canal carpien. À ce niveau, il est conseillé de consulter votre kinésiologue qui sera en mesure de prescrire des exercices permettant de diminuer la réaction inflammatoire dans les tissus avoisinant le nerf médian, et aussi de renforcer les muscles de l’articulation du poignet et de la main.
Si les traitements précédents n’ont pas eu d’effets positifs, on peut envisager une injection de cortisone. Cette médication est utilisée pour diminuer l’enflure dans le tunnel et peut permettre un soulagement temporaire des symptômes. En général les effets de l’injection durent environ 3 mois et on peut répéter ce processus un maximum de 3 fois par année. Par contre, si les effets de l’injection sont négatifs, le médecin pourra également envisager un traitement chirurgical.
Il y a 2 formes de chirurgies, soit l’endoscopie ou l’incision. Dans les 2 cas, le but de l’opération est d’aller sectionner le ligament annulaire antérieur et de le rattacher plus loin afin d’augmenter le volume du canal carpien et ainsi diminuer la compression du nerf médian.
N’hésitez pas à consulter votre kinésiologue si vous ressentez ce type de douleur ou si vous désirez avoir plus d’informations.

